14 de janeiro de 2021

DE LA GRAINE AU BOURGEON VERAKIS – PARTIE 8

Dans la continuation de mes raisonnements je pensais à la communication des sciences.

“…

Une information ou une communication malencontreuse peut entraîner, chez les populations, l’installation de mauvaises habitudes qui, une fois installées, seront très longues à disparaître. C’est le cas, par exemple, de la consommation de produits amincissants. Rares sont les personnes qui se sentent prêtes à affronter un régime amincissant sans recourir en même temps à l’assistance de leurs « produits minceur ».

Selon Butriss (1999), le public est aujourd’hui « bombardé » quotidiennement par un nombre grandissant d’informations sur différents aspects de la diète et de la nutrition par les médias, au moyen d’articles ou reportages, le plus souvent confus et contradictoires. Nombre d’entre eux ne sont pas fondés sur de véritables données scientifiques, ou découlent d’une mauvaise interprétation de la science de la nutrition. Exemples : « le ketchup aide à prévenir le cancer du sein », « la sardine et le thon agissent comme un prozac », « le café même consommé occasionnellement peut être fatal, alors que le chocolat est salutaire ». [1]

Dès lors, faut-il s’étonner si le public n’accorde plus guère de crédit à ce que disent les experts et  s’il a l’impression que ceux-ci changent constamment d’avis ? Comme si l’on pouvait, scientifiquement parlant, tout simplement « changer d’avis » !

Tout cela résulte du désordre dans lequel s’opère la transmission des messages, de la confusion entretenue, volontairement ou pas, qui peut aboutir à la persistance des mauvaises habitudes alimentaires.

Pour Goldberg (1992 : 71) : « Si aujourd’hui les consommateurs ont plus de connaissances, ils sont aussi beaucoup plus confus ». Le chercheur justifie cette confusion par le fait que les informations sur l’alimentation et la nutrition sont devenues plus complexes qu’à l’époque où il n’y avait que quelques directives très simples à suivre. Aujourd’hui les informations sont plus complexes, et, de plus, elles transitent par différents types de médias et proviennent de différents sources : gouvernement, industrie, professionnels de la santé, etc. Cette diversité peut expliquer l’existence d’avis différents ou de manières différentes d’interpréter un sujet. Il n’empêche que la confusion demeure.

Pour illustrer la confusion imposée à la population, nous pourrions prendre comme exemple les campagnes publicitaires françaises réalisées pour inciter la population à consommer des fruits et légumes. Toute une série d’annonces ont été diffusées. Soudain, la population française voit qu’il faudrait manger 10 fruits et légumes différents par jour. En parallèle, les publicités ne cessent de nous offrir des produits « à base » de fruits. Ensuite, une nouvelle campagne, maintenant gouvernementale, apparaît incitant à manger 5 fruits et légumes et non plus 10. En plus, les militants pour l’environnement disent que ces fruits doivent être « bio », sans quoi on risque l’ingestion de produits chimiques. Les fruits et légumes, surtout ceux issus de l’agriculture biologique, sont considérablement plus chers par rapport à d’autres denrées qui comblent la faim et donnent du plaisir. Une famille dont les revenus sont modérés ne pourrait supporter l’accroissement de dépenses qu’entraîne ce changement d’habitudes. Il y a aussi ceux qui propagent l’idée que les petits pots sont plus sûrs que les aliments achetés au marché. Comment s’y retrouver ? Comment faire pour manger de façon plus intuitive ? Qui croire ? Est-ce que le grand public se pose toutes ces questions ?

Cette confusion est encore accentuée par le fait que la transmission d’informations sur les régimes alimentaires est assurée par de nombreux groupes de spécialistes qui ne s’entendent pas toujours sur les moyens, les techniques à mettre en œuvre et même sur le contenu de leurs messages, sans pour autant exposer ouvertement et discuter leurs divergences.

Cela met évidence le fait que, dans tout les domaines, il est d’autant plus difficile de prendre position que l’on ne possède pas les connaissances indispensables pour s’y retrouver ; par exemple, quand on ne connaît pas les principes de base de la science de la nutrition, que ce soient les mécanismes de digestion des nutriments aussi bien que leur transformation lors de la préparation des aliments ; ou encore, quand on se révèle incapable de réinsérer la nutrition et l’alimentation dans leur contexte social, économique, culturel, politique, climatique, cognitif ou émotionnel.

Il faut donc se garder de la vulgarisation hâtive et péremptoire d’une notion que la science de la nutrition elle-même ne peut démontrer.

La science de la nutrition est du domaine de la médecine, qui elle-même, appartient aux sciences biologiques, lesquelles présentent certains caractères spécifiques. La maîtrise de ces spécificités ne semble pas être à la portée de tous les publics. De plus, la vérité rigoureuse qui peut exister dans les sciences exactes est impossible dans les sciences biologiques.

La variabilité biologique est une règle, on travaille en biologie avec des valeurs qui changent en permanence sans que cela soit anormal.

Ce n’est pas forcément une erreur expérimentale ou une anomalie lorsqu’on obtient des résultats différents lors d’expérimentations identiques sur des sujets semblables. A partir de la différence des résultats en biologie, qui est constante, on en ressort, mathématiquement, la notion d’« individualité biologique ». L’individualité biologique caractérise le fait fondamental et constant que des individus d’un même groupe, soumis aux mêmes interventions, au même moment, sont différents et présentent des résultats  différents. Elle est liée à la nature même de l’être biologique, à la fois un et divers. Biologiquement, on ne peut être identique, les différents éléments des processus qui font vivre notre organisme étant infiniment variables selon l’individu et son environnement (Schwartz, D., 1986).

En recherche biologique, l’appréciation des résultats implique le recours aux interprétations que seuls des calculs mathématiques permettent. Ces calculs sont appelés biostatistiques et sont adaptés à la « nature » biologique. Ils permettent d’évaluer la signification des résultats obtenus et de corriger les variations caractéristiques de la biologie. (Schwartz, D., 1986)  La biostatistique nous permet, par exemple, de définir des paramètres de « normalité », ou encore d’estimer si des résultats peuvent être pris en compte, par rapport à la nature de l’objet étudié ou des caractéristiques qualitatives et quantitatives d’un échantillon. C’est ainsi qu’une différence infime peut être significative si elle porte sur des effectifs importants ; tandis qu’une grande différence, évaluée sur de faibles effectifs, peut ne pas l’être.

Les paramètres de normalité, en biologie, servent surtout à marquer les limites de ce qui est acceptable (normal), et de ce qui doit être considéré comme facteur de risque d’anormalité. Plus précisément, si lors de l’étude du taux de fer d’une population, nous rencontrons des valeurs  différentes, nous allons les classer afin de pouvoir estimer, au moyen de calculs mathématiques, lesquels d’entre eux doivent être considérés comme préoccupants ou anormaux. Cela dépend aussi de la population étudiée et de la taille de l’échantillon. C’est seulement avec des résultats « significatifs », passés par les calculs appropriés, que des conclusions peuvent être considérées.”

 

Juliana T. Grazini dos Santos – Docteur en Information et communication, Nutritionniste, Créatrice de Verakis. 

 

 

Ceci est le huitième chapitre de la “saga” qui qui raconte les fondations de Verakis.

Lisez les chapitres antérieurs:

DE LA GRAINE AU BOURGEON VERAKIS – PARTIE 7

DE LA GRAINE AU BOURGEON VERAKIS – PARTIE 6

Source: Morceaux de l’introduction de la ma thèse de doctorat: “La science de la nutrition diffusée au grand public en France et au Brésil – Le cas de l’alimentation maternelle infantile. Thèse dirigée par Baudouin JURDANT

 

[1] Ces « révélations » viennent parfois d’une interprétation trop simpliste de la recherche. La tomate est un fruit où on a retrouvé des substances de la famille des « licopènes ». Ces licopènes semblent avoir un rôle à jouer dans la prévention de la multiplication des cellules cancéreuses. Or la tomate entre dans la composition du ketchup. De même, il semblerait que les organismes vivants dans les aliments (aliments prébiotiques) joueraient un rôle dans la prévention de certaines maladies.

 

Image: Mammiya