1 de abril de 2021

De la graine au bourgeon Verakis – Partie 13

Selon Vincent, I. (2001 : 95), « les sources du savoir dans le domaine de la santé sont multiples. Outre la formation scolaire, les relations interpersonnelles, les différentes campagnes d’éducation sanitaire relayées par plusieurs canaux d’information (affiches, spots publicitaires, dépliants disponibles dans certaines administrations), les expositions muséales, l’ensemble des ouvrages consacrés à la santé ainsi que certaines cassettes vidéo, les cédéroms, les différents serveurs minitel spécialisés en santé, ainsi que le réseau Internet et l’ensemble des professionnels de la santé, les médias représentent une source de diffusion majeure en matière de santé et de médecine. »

Selon l’étude européenne de Almeida et de ses collaborateurs (1997), étude portant sur 1000 personnes interviewées, les sources d’information sur l’alimentation et la nutrition les plus utilisées, en Europe étaient la radio et la télévision, pour 29% des personnes interrogées ; les magazines et journaux pour : 27% ; les professionnels de la santé : 26% ; les amis pour : 26%.

Selon la même étude, les sources d’information les plus crédibles étaient les professionnels de la santé, les agences gouvernementales et, pour 32% les magazines féminins.

Dans une étude de Coulson (2002), les sources d’information les plus fiables sur les aliments, selon le jugement du grand public, sont dans l’ordre : la famille, les médecins, les documentaires télévisuels, les scientifiques, les journaux télévisés, les journaux imprimés et, en dernier lieu,  l’industrie alimentaire.

Selon Rowe (2003), les sources les plus dignes de confiance sont,  dans l’ordre: les  nutritionnistes  et diététiciens, les magazines, les infirmières, les journaux et la télévision.

Ils n’en reste pas moins qu’en dépit de tout le crédit accordé aux professionnels de la santé, au gouvernement et à la famille, les médias constituent la source d’information la mieux connue du grand public. Il arrive même qu’ils se substituent tout à fait, pour ce qui est de l’éducation alimentaire, à toute autre source. Leur rôle est donc particulièrement important. (Clancy-Hepburn et collaborateurs, 1994)

L’information sur l’alimentation et la nutrition fait partie du marché de la communication. Elle est donc, soumise au même titre que toutes les autres transactions, aux logiques de ce marché.

Tout ce qui concerne l’alimentation et la nutrition infantiles, compte tenu de l’intérêt manifesté de nos jours pour une meilleure alimentation en général, mérite de plus en plus l’attention des médias. D’autant plus que les industries d’aliments ne cessent de lancer de nouveaux aliments infantiles et de susciter de nouveaux besoins, et ils utilisent, bien entendu, les médias pour leurs stratégies de marketing. (Kaufman, 1980 ; Ostbye, 1993 ; Story et Faulkner, 1990).

Mais les médias peuvent aussi servir à une prise de conscience ainsi qu’à l’éducation du public. Il est évident que si ce public, dans toutes les catégories sociales, sait désormais que manger excessivement est nuisible, que l’alimentation doit être équilibrée, que celle des enfants mérite une attention particulière, qu’il faut garder le réfrigérateur dans un état de propreté constant, que le diabète existe, c’est aussi grâce aux médias.

On ne peut nier que ces derniers jouent un rôle très positif dans la transmission d’informations sur l’alimentation et la nutrition. Le seul problème c’est que la science de la nutrition  s’est trouvée submergée, et l’est encore, par la multitude des informations en circulation.

Par exemple, le Programme National d’Incitation à l’Allaitement Maternel, au Brésil, a rencontré un succès remarquable grâce à la participation des médias. (Rea, M.F., 2003)

Mais, si « notre connaissance est encore si incomplète sur la relation entre les facteurs diététiques et la majorité des maux de notre civilisation »[2], comme l’a écrit Walter Willet (1998), épidémiologiste américain réputé dans le domaine de la nutrition,  comment les médias arriveraient-ils à donner au grand public des réponses que les spécialistes eux-mêmes ne possèdent pas ?

Et que penser de cet article diffusé par un serveur Internet et  intitulé : « Le régime saucisson : une libération », dont les références n’existent même pas ? Que penser d’affirmations comme : « le saucisson ne fait pas grossir », « la salade fait prendre du poids », « dans l’association saucisson salade verte, c’est la rétention d’eau provoquée par l’interaction entre les lipides du saucisson et la chlorophylle de la salade qui fait grossir », « un dîner composé de charcuterie et de fromage ne fait pas prendre un gramme ! » ? Ces énoncés dont la rhétorique semble provenir explicitement d’une référence aux sciences de la nutrition et de la biologie[3], sont  de pures inventions (page d’accueil du site internet AOL, 01/04/2003).

[2] “Our knowledge is still largely incomplete regarding the relationship between dietary factors and the major illnesses of our culture.”

[3] Dans cette article on fait référence à la revue British Academical Review of Clinical Nutrition, où les chercheurs  Ray Solton et Lou McRose auraient publié les informations exposées. Afin de vérifier ces informations « étranges » nous sommes allés à la Bibliothèque Interuniversitaire de Médecine à Paris, où une recherche dans leur banque de données d’articles publiés et auteurs d’articles, nous avons constaté, avec la confirmation du personnel de la bibliothèque, que cette revue n’existait pas. Nous n’avons pas non plus trouvé d’auteurs portant ces noms.

 

Juliana T. Grazini dos Santos – Docteur en Information et communication, Nutritionniste, Créatrice de Verakis. 

 

Ceci est le onzième chapitre de la “saga” qui qui raconte les fondations de Verakis.

Lisez les chapitres antérieurs:

De la graine au bourgeon Verakis – Partie 12

DE LA GRAINE AU BOURGEON VERAKIS – PARTIE 11

 

Source: Morceaux de l’introduction de la ma thèse de doctorat: “La science de la nutrition diffusée au grand public en France et au Brésil – Le cas de l’alimentation maternelle infantile. Thèse dirigée par Baudouin JURDANT