18 de março de 2021

De la graine au bourgeon Verakis – Partie 12

… Très vite, m’est apparue la nécessité de faire comprendre à mes collègues qu’il ne servirait à rien de « juger » les médias et de prétendre lutter contre les moyens de communication de masse. Ces derniers sont plus « puissants » que nous. Il suffisait, pour en avoir la preuve, d’écouter nos patients dont les arguments étaient fondés sur des informations acquises par les médias et sur des aliments dont ils prenaient connaissance au moyen de publicités.

Comme l’a écrit Got[1], «  Si nous voulons conserver un  fonctionnement social équilibré  et solidaire dans le partage des bénéfices de nos connaissances, il faut être attentif à l’intervention des médias dans le domaine de la santé. La publicité intervient pour créer de nouvelles habitudes ou infléchir les anciennes ; le téléviseur remplace de plus en plus un instituteur qui renonce à être un fabriquant des comportements et se contente de distribuer le savoir. Les médias écrits deviennent les supports d’une information gouvernée par la recherche d’un sensationnel souvent éphémère. Faute de s’accorder du temps, ils introduisent la mode dans un monde qui a besoin de durée, de confirmations et de réflexion. Il est tentant devant un tel désastre de se retirer sous sa tente et d’attendre des jours meilleurs, une telle attitude serait totalement inadaptée ; le recours aux médias est indispensable et il faut maîtriser la médiacratie avant qu’elle ne nous gouverne ».

Il serait peut-être plus intéressant de comprendre les médias, de s’en faire des « alliés » et de leur fournir de quoi travailler en connaissance de cause, de manière à rendre leurs communications plus proches de la réalité scientifique.

Aujourd’hui, les moyens de communication de masse constituent, en dépit du caractère commercial de leur activité, une des sources d’informations sur la santé les plus populaires pour le public non scientifique (Osler et Hansen, 1991). Mais les médias sont plus qu’un moyen d’accès à l’information ; ils sont aussi, pour les entreprises, un moyen de communication. Les médias permettent de savoir que « Yoplait c’est tellement meilleur quand c’est bon » ou « du pain, du vin, du Boursin et on est bien  ».

La transmission d’informations médicales —et donc sur la nutrition !— par les médias est un « fait de société incontournable » (Vincent, I., 1998 : 94). Les spécialistes de la nutrition « doivent désormais compter avec elles, dans le niveau d’information et les représentations de leurs patients. » (Vincent, I. 1998 : 94)

Le cercle des spécialistes des sciences médicales s’est ouvert pour la première fois au monde de la communication lorsque le rectorat de l’Ecole Pauliste de Médecine a reçu un professeur de publicité comme membre du jury de DEA (Master 2).

Plus tard, j’ai entrepris un travail avec des étudiants en publicité et des publicitaires professionnels pour les sensibiliser à la santé publique et pour leur révéler le rôle positif que pourrait jouer la publicité pour des aliments dans la prévention en matière de santé.

Nous avons étudié, entre autres,  les aliments et leur place dans l’alimentation humaine, sans jamais dénigrer l’activité des nos partenaires, de telle sorte que nous sommes parvenus à concevoir des publicités ensemble.

Toujours en collaboration avec des professionnels du marketing et de la publicité, nous avons travaillé avec des nutritionnistes pour faire connaître à ces derniers la logique du marché publicitaire et son importance dans l’économie et la société Il s’agissait d’amener les professionnels de la nutrition à revoir leur position, afin de pouvoir proposer et mener à bien des actions communes.

Á ce moment là, le dicton chinois qui dit : « Ce que j’entends, je l’oublie, ce que je vois, je m’en souviens, mais ce que je fais, je l’apprends » démontrait sa pertinence.

En somme, il fallait que les spécialistes de la nutrition et les spécialistes de la communication travaillent ensemble, au lieu de d’échanger des messages d’incompréhension ou de réprobation, de créer des chartes de prohibitions et de s’enfermer chacun dans sa bulle. Au lieu d’être « ennemis », ils devaient devenir des alliés.

En partenariat avec des producteurs de télévision, nous avons projeté un travail sur les décors de feuilletons, de manière à amener les téléspectateurs à revoir leurs habitudes en fonction des faits et gestes des personnages de fiction. Le résultat recherché était que ces faits et gestes, lorsqu’ils concernaient l’alimentation, devaient être en cohérence avec les besoins réels de la population, comptant sur la vertu de l’exemple pour faire le reste.

Quelle réussite si, par ce biais, les gens s’étaient mis à manger de la banane, si les personnages des feuilletons s’étaient abstenus de porter des jugements fantaisistes sur les aliments et s’ils avaient cessé de grimacer devant les légumes verts, ou de boire du lait en fonction de la prise d’antibiotiques, etc.

 Comme le remarquent Andrien et Beghin (1993 : 129), « les gens parlent entre eux, ils se conseillent dans les domaines liés à la nutrition, comme dans les autres domaines. La communication au sujet de l’alimentation, de la santé, de la production passe non seulement au travers du langage verbal, mais aussi dans les faits et gestes les plus discrets de notre vie relationnelle. »

Néanmoins, les informations à caractère journalistique finirent par attirer notre attention puisque l’alimentation et la nutrition étaient et sont toujours, des thèmes souvent traités dans les articles de presse, interviews et reportages très prisés du public. C’est parfois leur unique source d’information.

 

[1] Got (1990) in : VINCENT, E. La vulgarisation médicale. De la production à la réception. Thèse de Doctorat en Psychologie Sociale – EHESS (Psychologie), Paris, 13 nov. 1998, p.91.

 

Juliana T. Grazini dos Santos – Docteur en Information et communication, Nutritionniste, Créatrice de Verakis. 

 

Ceci est le onzième chapitre de la “saga” qui qui raconte les fondations de Verakis.

Lisez les chapitres antérieurs:

DE LA GRAINE AU BOURGEON VERAKIS – PARTIE 11

 

 

Source: Morceaux de l’introduction de la ma thèse de doctorat: “La science de la nutrition diffusée au grand public en France et au Brésil – Le cas de l’alimentation maternelle infantile. Thèse dirigée par Baudouin JURDANT

 

Imagem: JillWellington