9 de outubro de 2020

De la graine au bourgeon Verakis – Partie 1

En 1939, sur le modèle de l’école argentine, la Faculté de Santé Publique de l’Université de São Paulo créa le premier cours universitaire de nutrition au Brésil. Cette formation avait pour but de préparer des professionnels capables d’appliquer les fondements de la science de la nutrition. Ceci était fait dans l’optique de gérer l’alimentation des individus et des collectivités, afin de promouvoir la nutrition, en se basant sur des connaissances acquises au moyen de la recherche scientifique.

Cinquante ans plus tard, ayant acquis quelques connaissances en biologie, je fus vite séduite par l’objet de cette science qui décrit les êtres vivants et étudie les phénomènes qui les caractérisent.

La lecture d’une série d’articles de presse traitant de la relation entre, d’une part, l’alimentation et, d’autre part, la beauté physique, les performances et la santé humaines, entraîna mon orientation.

Je décidai alors de passer un concours pour entrer dans une faculté de nutrition, de manière à apprendre comment les aliments pourraient embellir, conserver et fortifier l’être humain, et à mettre en œuvre ces connaissances, au bénéfice des mes futurs « patients ».

Le premier jour, chaque nouvel inscrit fut reçu par le corps enseignant. Pour la circonstance, quelques élèves plus avancés furent invités à témoigner de la richesse et de l’intérêt des enseignements sur la nutrition dont ils avaient bénéficié.

A l’issue de cet entretien, tous éprouvèrent la joie de pouvoir espérer obtenir en quatre ans d’études, la maîtrise de l’art de bien faire manger les êtres humains et de leur apprendre à se nourrir correctement ! Nous allions découvrir la « science de la nutrition » et la maîtrise des moyens nécessaires pour sa mise en œuvre au service de la santé des humains considérés comme individus, aussi bien que comme groupes sociaux.

Durant notre première année d’études, nous apprîmes à connaître l’homme et les phénomènes qui le caractérisent dans les domaines suivants : l’anatomie humaine, la biologie, l’histologie, la physiologie, la biochimie, la microbiologie, la parasitologie et l’immunologie, entre autres. Nous commençâmes à prendre conscience de la vraie nature et de l’étendue de la science de la nutrition. En fait, cette science va bien au-delà du simple souci de bien manger afin d’être plus belle ou pour maigrir comme une certaine presse brésilienne tend à la faire croire.

Cette science, récente, dynamique et vaste, s’appuie sur les principes fondamentaux de la biologie, au carrefour de plusieurs disciplines comme la psychologie, la sociologie, la philosophie, l’anthropologie, l’éducation, la communication, la religion, la pédagogie, la didactique, la santé publique, la politique, l’économie, la comptabilité, l’ingénierie et la technologie des aliments, la statistique, l’épidémiologie ou la pharmacologie, entre autres. Elle est en étroite relation avec les êtres humains dans le sens strict de leur qualité de vie et de leur survie.[1]

Du point de vue biologique, l’alimentation et la nutrition sont des sujets d’extrême importance, qui accompagnent l’Homme tout au long de sa vie. Dès les premières années  et jusqu’à l’adolescence, l’alimentation, et par conséquent la nutrition des jeunes enfants et des adolescents sont des facteurs vitaux, qui permettent l’exploitation optimale des potentiels génétiques de la croissance, et le développement intellectuel des individus. Ils peuvent déterminer la  qualité de vie future et même la place dans la société qui pourra leur être proposée. Dès l’enfance, l’alimentation et la nutrition jouent un rôle important dans le maintien de la santé, la prévention et la guérison des maladies et la qualité de vie qui peut en découler. La science de la nutrition tente de découvrir tous les facteurs qui déterminent la nutrition d’organismes vivants, qu’il s’agisse de facteurs exogènes ou endogènes. (Krause & Mahan, 1987 : 3)

La nutrition cellulaire  ou la nutrition proprement dite qui consiste à apporter aux cellules, de l’eau, des minéraux, des vitamines, du glucose[2], des acides gras[3], et des protéines, entre autres, afin de permettre leur activité, dépend de l’état de santé des individus, qui lui-même dépend, entre autres et surtout, du type et de la quantité de substances apportées par le type et la quantité d’aliments consommés, la façon selon laquelle ils sont consommés et le rapport entre les différents aliments consommés.

À cette époque je commençais à constater avec inquiétude l’ignorance du grand public sur toutes les questions de l’alimentation et de la nutrition, alors que celles-ci jouent un rôle essentiel dans la vie de tout individu. Pourquoi faut-il que seuls quelques privilégiés puissent accéder à cette connaissance ? J’évoquais alors avec regret le mot de Gustave Flaubert dans son livre, Bouvard et Pécuchet (1881) : « La science est un monopole aux mains des riches » (Le livre de poche, Librairie Générale Française, 1999 : 289).  C’est particulièrement dommage en ce qui concerne notre sujet, puisque tout un chacun devrait pouvoir organiser ses pratiques alimentaires, en connaissance de cause.

Malheureusement, l’alimentation et la nutrition des êtres humains sont actuellement « dirigées » par les détenteurs du savoir. D’autre part, elles sont conditionnées par des facteurs complètement étrangers au bien-être des consommateurs : enjeux politiques, stratégies commerciales de marques, etc. Les informations, même quand elles sont délivrées par des spécialistes, sont relayées de façon plus ou moins approximative par les médias ou par les profanes.

Aujourd’hui, on peut dire que l’art de bien manger reste le privilège d’une élite disposant des moyens d’acquérir les connaissances scientifiques nécessaires à la pratique de cet art. Le savoir sur l’alimentation la plus adaptée à chacun n’est pas accessible à la plupart des personnes, et ceci parce que les informations concernant le sujet, qui sont diffusées au grand public, le sont par des voies appartenant à des entités dont l’intérêt principal n’est pas forcément l’intérêt général. Cela amène la plupart des acteurs de cette diffusion à transmettre des informations, soit qui arrangent telle industrie alimentaire, soit qui vont permettre un plus grand tirage de presse, car répondant aux attentes des lecteurs, voire les deux, ou encore qui sont guidées par des enjeux politiques. Cette tendance laisse souvent de côté la manière naturelle et instinctive de se nourrir, qui devrait être à la base de toute recommandation sur l’alimentation générale.

 

Juliana T. Grazini dos Santos – Docteur en Information et communication, Nutritionniste, Créatrice de Verakis. 

[1] Ce qui distingue la nutrition des disciplines connexes, c’est qu’elle porte sur la relation de l’être vivant avec la nourriture, quels que soient les aspects étudiés.

[2] Sucre dans le langage populaire en France ou hydrate de carbone dans le langage populaire au Brésil. En France, le grand public et les médias, parlent des glucides en les nommant « sucres » : simples/rapides ou lents (associés aux féculents) ; au Brésil la popularisation du nom hydrate de carbone a réussi, et les médias et/ou le grand public emploient ce nom avec simplicité, communément.

[3] Les molécules qui forment les lipides ou graisses dans le langage populaire.

 

 

Source: Morceaux de l’introduction de la ma thèse de doctorat: “La science de la nutrition diffusée au grand public en France et au Brésil – Le cas de l’alimentation maternelle infantile. Thèse dirigée par Baudouin JURDANT