25 de November de 2022

De branche en branche – Verakis Partie 38

Produits proposés

En France, les magazines ont proposé plus de produits aux lecteurs qu’au Brésil.

Ces quantités ont-elles un rapport de cause à effet avec le volume des informations de nature journalistique ? Ou bien les journalistes français se permettent-ils, contrairement aux Brésiliens, de proposer plus de produits aux lecteurs sans que cela entraîne une augmentation de la quantité d’informations ? Le genre journalistique français cherche-t-il d’abord à apporter une aide pratique aux lecteurs en proposant plus de produits utiles ? Dans ce contexte, quelle est l’importance de la part commerciale ?

Pour pouvoir répondre à ces questions, une étude sur la relation entre le nombre des informations véhiculées par les formats journalistiques et le nombre des propositions de produits présents sur le marché serait nécessaire. Il faudrait aussi enquêter sur une participation financière directe dans la publication de produits « conseillés » par les magazines et connaître l’impact sur les ventes de ce type de publicité qu’on pourrait nommer indirecte, puisque l’annonceur n’est pas responsable de la proposition du produit proposé à un public déterminé. Cela n’étant pas l’objet de la présente étude, ces questions restent sans réponse.

Dans les magazines brésiliens, la présentation des produits proposés était, le plus souvent, accompagnée d’une petite note sur la composition du produit et sur les bienfaits qui peuvent en résulter de sa consommation.

À travers les produits proposés par le corps éditorial des magazines de puériculture destinés au grand public au Brésil, nous avons relevé des commentaires sur les propriétés miraculeuses, douteuses ou nulles de certains de ces produits, par rapport à la science de la nutrition, la composition des aliments, les besoins nutritionnels et le rôle des nutriments.

Nous pouvons donner un premier exemple avec le thé « multifonctions », enrichi en vitamines A et C. Ce thé, indiquait la revue, fait mincir, aide à l’allaitement et soigne la constipation. On pourrait se demander comment un produit pourrait réunir autant de vertus qui, en plus, n’ont aucun rapport entre elles. En outre, quand on allaite on ne doit pas penser à maigrir ; quand on est constipé, cela n’implique pas qu’il faille maigrir ; d’ailleurs, il est rare que la constipation fasse grossir.

Autre exemple, le « bonbon diététique » qui, d’après le magazine, serait « riche en fibres, avec 1,3 kcal par unité. Il conviendrait aux régimes hypocaloriques, ne contiendrait ni aspartame, ni saccharine ; il équilibrerait la flore intestinale, réduirait la concentration d’urée et de cholestérol dans le sang et stimulerait le système immunitaire. »[1] On se demande ce que peut contenir ce bonbon pour le rendre efficace dans tous ces domaines.

Qu’y aurait-il donc dans ce bonbon qui le rende capable, en même temps, de faire partie d’un régime hypocalorique, d’équilibrer la flore intestinale, de réduire le taux d’urée [2] et de cholestérol[3], de stimuler le système immunitaire[4].  De plus, il est contient des substances que quelques chercheurs et lecteurs de résultats de recherches scientifiques considèrent comme pouvant avoir des effets cancérigènes et pouvant être associées à la maladie d’Alzheimer. Serait-ce le sorbitol[5] qui le rendrait si puissant ?

Pour un spécialiste qui connaît la « nutrition », un tel bonbon et ses prétendus pouvoirs sont chimiquement inconcevables.

Mais le profane qui ignore presque tout de la science de la nutrition, de ses particularités et de ses nuances, ne peut manquer d’être séduit par ce produit qui répond au profond désir collectif de disposer d’un remède miracle, une panacée qui résoudrait tous les problèmes d’ordre nutritionnel et, tout particulièrement, ceux relatifs à la prise de poids. Comment l’annonce d’un tel produit a-t-elle pu ne pas retenir l’attention critique du rédacteur en chef de la revue ?

Le produit est donc proposé, son image d’aliment miracle est confirmée et le public finit par le consommer sans se demander comment un produit ingéré en petites quantités pourrait entraîner des effets aussi divers.

Tant éditeurs que lecteurs ne se rendent pas compte qu’un seul produit consommé en si petites quantités ne peut provoquer des effets aussi distincts.

Le seul moyen d’accroître le sens critique des promoteurs de ces messages comme de ceux qui les reçoivent, c’est la diffusion des connaissances. Et il ne suffit pas de se tenir plus ou moins au courant des résultats de la recherche ou de l’avis des spécialistes ; encore faut-il être capable d’interpréter correctement les données scientifiques et les résultats publiés afin de savoir distinguer la véritable science de la « junk science ».

On se demande vraiment qui peuvent bien être les auteurs initiaux de la promotion de ces produits contestables et d’où ils tirent leurs  informations ?  Vu le contenu et les arguments commerciaux utilisés pour la promotion des produits proposés par les magazines, nous aurions tendance à dire que ces textes sont issus directement des matériaux informatifs des produits envoyés par les commerçants et/ou les producteurs, ou peut-être même copiés sans analyse critique. Une des stratégies de communication des industries est la présentation de leurs produits aux éditeurs et journalistes de presse. Cette présentation se fait dans la plupart des cas par l’envoi de beaux matériaux imprimés, avec des échantillons du produit à communiquer, afin de mettre leurs produits en valeur et influencer positivement les médias.

Dans un autre ordre d’idées, signalons que dans les revues françaises on relève beaucoup plus de propositions de lectures, de loisirs, de sorties et de tourisme que dans les revues brésiliennes.

Les rubriques de mode et de vêtements y sont aussi beaucoup plus fournies. Cette diversification dans la proposition de produits de toutes sortes se retrouve forcément dans les produits pour l’alimentation infantile.

Les informations parues autour de produits proposés par les magazines analysés, étaient parfois incohérentes :

  • par rapport aux conseils de bonne alimentation donnés par ailleurs dans le même magazine ;
  • ou dans l’attribution de qualités fantastiques tendant à accréditer l’idée d’un aliment – miracle ;
  • ou encore par une exagération verbale visant uniquement à pousser à la consommation de produits inutiles ;
  • par la communication d’avis de consommateurs ne comportant aucune critique sérieuse du produit ;
  • ou enfin par l’apparente recherche de la promotion personnelle de tel ou tel professionnel proposant ses services ou annonçant ses ouvrages.

En proposant des produits le corps éditorial d’un magazine communique en fait une grande quantité d’informations sur l’alimentation et la nutrition. Une étude approfondie ou du moins un contrôle sérieux de ces informations, en vue d’accroître leur crédibilité, serait des plus souhaitables.

[1] Magazine Pais & Filhos , Rubrique « Novidades », N. 389, Septembre 2001.

[2] Produit d’excrétion du métabolisme de protéines.

[3] Lipide constituant les structures corporelles et important dans la formation d’hormones et dans le métabolisme des lipides

[4] Principalement composé de protéines

[5] Sorbitol : édulcorant.

 

Juliana T. Grazini dos Santos – Docteur en Information et communication, Nutritionniste, Créatrice de Verakis. 

Ceci est le trente-sixième chapitre de la “saga”  qui raconte “les fondations” de Verakis.

Lisez les chapitres antérieurs:

De branche en branche – Verakis Partie 37

 

 

Source: Morceaux de l’introduction de la ma thèse de doctorat: “La science de la nutrition diffusée au grand public en France et au Brésil – Le cas de l’alimentation maternelle infantile. Thèse dirigée par Baudouin JURDANT

Imagem: Julia Ardaran